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Compagnie Sandrine Anglade
            
Chimène ou Le Cid
Opéra de chambre / tragédie lyrique française
Musique d'Antonio Sacchini (Fontainebleau, 1783)
Texte de Guillard d'après Corneille
Création au Théâtre de la Cour à Fontainebleau le 18 novembre 1783

Une création de l'Arcal, cie nationale de théâtre lyrique et musical
en collaboration avec le Centre de musique baroque de Versailles

Production déléguée : l'Arcal

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Chaque jour de répétition passant, avançant dans la découverte de cette œuvre de Sacchini, je me suis laissée surprendre par un style à part, l’invention d’une forme, entre l’opéra et le théâtre.

S’inscrivant dans la continuité de l’histoire de la tragédie lyrique française, Chimène de Sacchini met d’abord en avant le texte, son articulation, sa déclamation autant que son interprétation.
Une histoire s’énonce, se raconte dans les voix des acteurs-chanteurs sous-tendue par une partition d’orchestre tout en vivacité. L’agilité, la dynamique que l’Italie met d’ordinaire dans la voix, Sacchini les confie ici à l’orchestre. Les instruments semblent dès lors raconter l’agitation des cœurs, celle des combats intérieurs, alors que le texte vocal se heurte, se brise, s’interroge, se révolte, se perd, plane ou pleure, brodant, de paradoxe en paradoxe, le fil de la tragédie.

Voilà pourquoi cette interaction originale entre l’orchestre et les voix nous a conduit à imaginer les instrumentistes au cœur du dispositif, dialoguant avec les chanteurs. Donner à voir le principe même d’écriture de l’œuvre.

Une autre originalité est le choix du sujet. Le 18e siècle finissant, à l’aube de la Révolution, remet au goût du jour une œuvre littéraire et historique : Le Cid. Poème médiéval espagnol, puis tragi-comédie de Corneille, c’est Marie-Antoinette qui, faisant venir Sacchini à la cour de France, commande cette œuvre qui ne met plus en scène le héros masculin, mais s’interroge au contraire sur la tragédie du point de vue de Chimène.
Celle-ci est prise dans ce paradoxe insoutenable : venger la mort d’un père et aimer toujours son amant qui est l’assassin du premier. Sans aucun doute, en 1783, le goût pour la mise en scène des sentiments, pour le pathos font de Chimène l’héroïne idéale.
Aujourd’hui, dans la mise en perspective de l’Histoire, le drame de ce personnage résonne bien autrement. Seule femme dans un monde d’hommes, dans un monde en guerre, Chimène réclame une autre forme de justice. Non plus la justice transgressive du duel, ni une justice royale ou divine, mais bien une justice sociale. Dans sa quête vaine à faire reconnaître officiellement la culpabilité de Rodrigue, quand bien même elle en demeure amoureuse, elle devient malgré elle, comme à contrecoup, un personnage politique.
La société cédant à la raison d’état et à la violence pour sauver son intégrité nationale, elle abandonne Chimène à sa tragédie intime, irrésolue.

La date de création de l’œuvre, à la veille de la Révolution Française, la solitude de Chimène face à la pression des hommes, ont rapidement évoqué pour nous le destin de Marie-Antoinette, et particulièrement son procès bâclé, où tout fut joué d’avance. Une femme seule, en blanc, dans une robe on ne peut plus simple, face à un collège d’hommes.
Cette quête de la justice par Chimène aussi bien que le contexte d’écriture nous ont amené à faire de notre espace scénographique un tribunal métaphorique.

L’histoire de Chimène est celle d’un procès qui n’a jamais lieu.
Celui de Rodrigue, assassin du Comte Gormas, père de Chimène.
Alors que le tribunal se met en place pour comparution immédiate de l’assassin, le criminel disparaît.
Mais le monde extérieur ramène sur la scène du tribunal un contexte de guerre. La Nation en danger est sauvée par Rodrigue.

La salle du Tribunal devient l’espace de la glorification de Rodrigue, et en guise de sentence, il est exhaussé dans sa position de héros national.
Chimène continue à réclamer, auprès du Roi qui a promis justice, la reconnaissance officielle de l’acte criminel de son amant.
Elle était victime mais le contexte la désigne comme monstre, réclamant la tête du héros.
La situation se renverse. C’est elle qui est jugée. Le procès de Rodrigue devient le procès de Chimène.
Le « cas Chimène » pose une question universelle et malheureusement de tout temps à l’ordre du jour :
Que devient l’intime, l’humain, dans les conflits d’intérêts politiques et dans la violence des guerres qu’ils suscitent ?


Sandrine Anglade - janvier 2017
Photo © Anne-Sophie Soudoplatoff

Mise en scène : Sandrine Anglade
Direction musicale : Julien Chauvin
Orchestre : Le Concert de la Loge


Direction artistique ARCAL : Catherine Kollen
Direction artistique CMBV : Benoit Dratwiki
Partition : Centre de musique baroque de Versailles
Choeur : Les Chantres du CMBV
Direction choeurs : Olivier Schneebeli
Scénographie : Mathias Baudry
Lumières : Caty Olive
Costumes : Cindy Lombardi
Maquillage : Elisa Provin
Collaboration dramaturgique : Claude Chestier
Collaboration artistique et mouvements : Pascaline Verrier
Assistante mise en scène : Marine Bellier-Dézert
Chef de chant : Frédéric Rioval